
A la recherche d'un nouveau
souffle
«
Ne subissons pas l'avenir, faisons-le! »
« A
la recherche d’un nouveau souffle » – ce fut le thème
général de notre séminaire Perspectives [ ]. Un titre évocateur
et de circonstance pour qualifier l’économie suisse en général
ou romande en particulier [ ]. Le souffle? C’est symboliquement
l’énergie, la force qui anime, inspire, donne de l’impulsion.
Le « nouveau souffle », c’est l’espoir retrouvé,
c’est le regain de vitalité après une défaillance momentanée.
« Le passé me tourmente et je crains l’avenir »,
dit Chimène dans la fameuse pièce Le Cid de Corneille. A cette
citation pessimiste préférons cette phrase de Bernanos: « On
ne subit pas l’avenir, on le fait. »

Auteur: Klaus Jenny, membre de la Direction générale du CREDIT
SUISSE, Zurich
Préparer l’avenir, l’envisager, l’affronter, c’est en principe
la vocation de chacun d’entre nous, simple citoyen, parent
ou chef d’entreprise. Posons-nous aujourd’hui toutefois lucidement
ces simples questions: sommes-nous vraiment disposés à rechercher
ce "nouveau souffle" qui nous manque? Le sommes-nous
aujourd’hui? L’avons-nous toujours été?
Il
peut être fort instructif – et amusant parfois – de se donner
la peine de jeter un regard curieux sur les réactions de certains
de nos illustres ancêtres lorsqu’ils furent eux-mêmes confrontés
aux difficultés, aux découvertes, voire aux mutations de leur
époque.
« Monsieur
le Président,
Le système fluvial de notre pays est menacé par la diffusion
d’une nouvelle forme de transport appelée < chemin de fer
>. Le gouvernement doit préserver les canaux pour les raisons
suivantes:
1.
Si les péniches sont supplantées par les < chemins de fer >,
il en résultera un chômage sérieux. Commandants de péniches,
cuisiniers, pilotes, palefreniers, réparateurs et éclusiers
seront privés de moyens d’existence, sans parler de nombreux
agriculteurs employés à cultiver du fourrage pour les chevaux.
2.
Les constructeurs de péniches en pâtiront et les fabricants
de cordes, de fouets et de harnais se retrouveront dans le
dénuement.
3.
Comme vous le savez, Monsieur le Président, les wagons de
< chemins de fer > sont tirés à la vitesse inouïe de
25 km/h
- par
des < machines > qui font peser des dangers sur la
vie des passagers; la compression de l’air dans les tunnels
sera funeste aux poumons et au cœur des voyageurs
- par
des machines qui passent en rugissant à travers la campagne,
mettent le feu aux récoltes, affolent le bétail et effraient
femmes et enfants.
Le
Tout-Puissant n’a certainement jamais voulu que les êtres
humains voyagent à une vitesse aussi dangereuse. »
Cette
lettre a été écrite le 31 janvier 1829 par Martin Van Buren,
gouverneur de l’Etat de New-York, futur huitième Président
des Etats-Unis (1836 à 1840), et adressée au président de
l’époque, Andrew Jackson.
Autre
exemple éclairant:
« Une
révolution radicale semble être sur le point de se produire
dans l’éclairage des rues de Paris: la substitution de la
lumière électrique à celle du gaz ... Je le regrette. En effet,
la lumière électrique a un ton blafard, lunaire, déplaisant
et son éclat blesse ou fatigue la vue ... Le système Edison
cherche le progrès à rebours du bon sens et je crois qu’à
part son inventeur ... il n’aura d’autres adhérents que les
oculistes et les opticiens » (un
commentaire signé du Baron Haussmann en 1890).
Cette
autre citation encore:
|
Un nouveau
développement de CSEM: les robots spéciaux de micromontage.
Le principe est basé sur l’écoulement d’une goutte d’eau,
qui se congèle après avoir touché la minuscule pièce
à transporter.
|
 |
« Dangereuse,
puante, inconfortable, ridicule, assurément vouée à l’oubli
rapide, telle est la voiture automobile qu’en Allemagne Messieurs
Benz et Daimler viennent de présenter au Kaiser Guillaume »
(Georges Clemenceau, 1882).
...
« Il n’y a plus rien à inventer! » déclara en 1865
Charles Duell, directeur démissionnaire du « Bureau américain
des Inventions ».
On pourrait
multiplier les exemples. Pour nous rassurer, il suffirait
de dire: c’est du passé. C’était pourtant « la recherche
du nouveau souffle » de l’époque. A moins que ce ne fût,
déjà, « A la recherche... du temps perdu »?
Le
« bon vieux temps »
« C’était
le bon vieux temps »... Qui n’a jamais entendu – ou même
prononcé – cette affirmation? Qu’est-ce pourtant que ce bon
vieux temps: ce qui a été, ce qui est ou simplement ce à quoi
nous sommes attachés?
Le futur,
est-ce la fin du « bon vieux temps »? L’avenir,
est-ce:
- Ce qui
nous détache de nos attaches; de nos points de repère; de
nos racines?
- Ce
qui fait peur?
- Ce
qui nous laisse esseulés, affolés presque, dans un environnement
sans cadre?
- Ce
qui nous déstabilise?
- Ce
qui nous empêche de retrouver les points fixes auxquels
nous sommes ancrés?
- Ce
qui efface l’étoile du berger à laquelle on cherche tant
à se rattacher?
Quand
nous pensons le futur, perdons-nous nos repères ou changeons-nous
de repères?
Le bon
vieux temps de l’époque, tel que nous le voyons aujourd’hui,
était pour nos ancêtres leur présent, plein d’incertitudes,
pour ne pas dire effrayant. Il fait cependant aujourd’hui
notre bien-être.
Notre
présent, également composé de points d’interrogation, sera
aussi le bon vieux temps de nos descendants. Notre recherche
d’un nouveau souffle ou notre recherche du passé, ce sera
leur histoire.
N’oublions
jamais que des réflexions critiques et prospectives de certains
prophètes d’autrefois – même renommés – nous font aujourd’hui
sourire. Leurs prévisions pessimistes, les catastrophes imminentes
qu’ils prévoyaient nous semblent aujourd’hui être l’expression
d‘ « esprits obtus », « conservateurs »,
d’ « idées archaïques ». Le mot « progrès »
était alors – déjà! – synonyme de « Satan ».
Nos enfants
ne se priveront pas de juger nos réflexions, comme nous jugeons
celles de nos grands-parents. Que penseront-ils de ces affirmations?
« Il
est évident que l’homme, dans un avenir plus ou moins proche,
aura le pouvoir de modifier son patrimoine génétique. L’apréhension
que suscite cette échéance ne semble guère justifiée »
(Daniel Cohen, généticien, fondateur du programme scientifique
de recherches « Généthon », 1993).
« La
démocratie ne survivra pas à la fabrication universelle d’humains
étiquetés. ... Chacun parqué dans sa niche médicale! Un homme,
une niche... et les chiens seront bien gardés! » (Jacques
Testart, biogénéticien, 1994).
« Le
bricolage génétique des fruits et légumes permettra de rendre
d’immenses services comme de faire reculer la faim et la maladie »
(Thierry Gaudin, polytechnicien, expert international en matière
de prospective, 1990).
Voilà
résumée en quelques lignes notre vision actuelle de l’avenir
en matière de génétique par exemple. Un de nos axes de recherche
d’un nouveau souffle!
Sommes-nous
au tournant de l’humanité?
Dans quelques
années, ces découvertes, ces mutations, ces inventions, ces
perspectives n’apparaîtront que comme le développement d’une
évolution normale et en aucun cas révolutionnaire.
Notre
soi-disant « nouveau souffle » d’aujourd’hui sera
l’ordinaire de demain. Ne nous surestimons donc pas. Nous
ne sommes ni au tournant de l’humanité, ni le tournant de
l’humanité. Chaque génération croit qu’elle vit le moment
crucial du développement ou de l’achèvement de ce monde. Or,
« chaque époque est forcément l’antiquité d’une autre
époque », nous rétorque Wolinski.
Notre
génération est-elle éclairée?
« Je
crois qu’il y a un marché mondial pour cinq ordinateurs...
peut-être » (Thomas Watson, président de IBM, 1943).
« Les
Personal Computers, les PC, ne sont qu’un effet de mode. Ils
n’ont aucun futur » (Ken Olsen, fondateur et ex-président
de Digital Equipment, 1978).
« Français,
partez en vacances tranquilles, la fin de l’année verra la
fin de la crise » (Valéry Giscard d’Estaing, président
de la République Française, juillet 1979).
« La
soumission à l’autorité ne concerne plus que les moutons »,
ai-je lu dans le livre « 2100 ou le récit du prochain
siècle ».
A toutes
ces citations remarquables, j’ajouterai cette réflexion personnelle:« Un
beau jour, nous redeviendrons tous des moutons. L’absence
d’autorité, l’absence de points de repère autoritaires, ce
vide référentiel ne fera-t-il pas resurgir le besoin d’étoiles
fixes, de points d’ancrage? »
Subissons-nous
l’avenir ou le faisons-nous?
- De
1900 à nos jours, la population a passé de la colonisation
du monde par l’Europe au choix génétique de la reproduction.
En un siècle, les progrès de la médecine ont augmenté l’espérance
de vie, développé les techniques de transplantation d’organes
bio-compatibles, puis les organes de remplacement.
- L’agriculture,
caractérisée par ses marchés locaux au début du siècle,
devient l’art des jardins, au niveau planétaire, océans
compris.
- En
1929, l’effondrement boursier du fameux « jeudi noir »
a mis plusieurs jours à se propager de Wall Street à travers
le monde. En septembre 1987, le krach a affecté l’ensemble
des places boursières de la planète en quelques secondes.
- La
révolution russe de 1917 s’est déroulée en plusieurs semaines
sans que le monde en prenne vraiment conscience. La révolution
roumaine de 1989 s’est jouée en direct, à la télévision.
Tout
change; tout changera-t-il encore?
|
Nouvelles
pompes de précision très économiques pour l’injection
de produits de contraste, mises au point par Debiotech
SA, à Lausanne.
|
 |
« Il
n’existe rien de constant si ce n’est le changement »
(Bouddha). C’est une vérité absolue. Ne pas
l’accepter revient à se mettre hors jeu. Nous sommes soumis
à ces changements, qu’on le veuille ou non. Et nous vivons
ces changements, qu’on le veuille ou non. Nous pouvons lutter
contre les changements, nous ne pouvons cependant les arrêter.
Tourner le dos au passé, ne pas partir à « la recherche
du temps perdu », c’est vouloir partir à la recherche
d‘un nouveau souffle, en délaissant nos habitudes, ces « acquis »
qui nous sont chers. En Suisse,
850 musées se penchent sur notre passé. Parmi ceux-ci, 400
ont été créés ces vingt dernières années, mais seuls quatre
sont axés sur l’avenir. En étant confortablement
installés dans le fauteuil du présent, il nous est parfois
difficile de concevoir l’avenir, de quitter ces 850 témoins
rassurants du passé, sans disposer par avance de points fixes
auxquels nous raccrocher.
Spectateur
ou acteur du changement?
|
Production
de diamants synthétiques au CSEM: un diamant monocristallin
en phase de formation.
|
 |
Puisque
nous ne pouvons pas arrêter le changement, participons-y!
« En voulant, on se trompe souvent. Mais en ne voulant
pas, on se trompe toujours » (Romain Rolland). Le poète
hindou Tagore (prix Nobel en 1913) aurait ajouté: « Si
vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera
toujours dehors. » Si nous voulons retrouver un nouveau
souffle, un regain d’énergie et de vitalité, il nous faut
aujourd’hui oser. Oser rompre les amarres avec le passé, oser
regarder l’avenir avec espoir, vouloir oser. Soyons acteurs
du changement. S’il est peut-être vrai que les « traditionalistes
sont pessimistes pour l’avenir et optimistes pour le passé »,
il convient de méditer ce proverbe arabe: « Pour chaque
regard que nous jetons en arrière, il nous faut regarder deux
fois vers l’avenir. »
Extrait
du ‘bulletin’ du Crédit Suisse
Globalisation
de l'économie
Saisissons
notre chance!

Auteur: Franz Blankart, secrétaire d'Etat, directeur
de l'Office fédéral des Affaires économiques extérieures (OFAEE),
Berne
Depuis
plusieurs annnées, un vent nouveau souffle sur l'économie
mondiale. La globalisation des marchés redistribue aujourd'hui
les cartes de cette économie, mais offre parallèlement des
perspectives très intéressantes aux entrepreneurs suisses.
Au cours
des années 1980-1990, deux phénomènes ont pris une ampleur
croissante sur le plan de l’économie mondiale: les investissements
directs ont presque quadruplé durant cette période pour atteindre
quelque 2000 milliards de dollards, soit l’équivalent de dix
fois le PIB de la Suisse, et les transferts de technologie
qui en découlent se sont accélérés en parallèle. Ces deux
phénomènes montrent qu’une refonte radicale de la division
internationale du travail est en cours. Cette évolution, connue
sous le nom de globalisation de l’économie mondiale, s’est
traduite par une modification profonde du comportement des
firmes et des paramètres de conduite de leurs activités internationales.
Ce
qui a changé depuis la guerre
L’économie
mondiale globalisée d’aujourd’hui présente des différences
sensibles en comparaison avec l’économie internationale de
l’après-guerre. Ainsi :
- Les
échanges internationaux consistaient, jusqu’au milieu des
années 80, essentiellement dans la vente à l’étranger de
biens produits à l’intérieur des frontières nationales.
Aujourd’hui, ces échanges s’apparentent de plus en plus
à des mouvements transfrontaliers de biens, souvent semi-finis,
entre unités de production hautement spécialisées et liées
entre elles par quelque accord inter-firmes, participation
au capital ou toute autre sorte d’alliance stratégique,
de type fusion, acquisition, « joint venture »,
accord de sous-traitance, etc. (échanges intra-firmes et
intra-sectoriels).
- La
part des services – banques, assurances, ingénierie-conseil,
télécommunications, maintenance, marketing, etc. – dans
les échanges internationaux a considérablement augmenté;
elle représente environ un quart du commerce mondial (30%
des exportations de biens pour la Suisse), et sa proportion
augmente constamment. Cette expansion est le fruit non seulement
de la commercialisation grandissante des services en soi,
mais également de la multiplication des services dérivés
de cette vente: services d’installation, de fonctionnement,
de maintenance, de marketing, etc. Dans la relation firme-client,
les transactions ne portent donc plus sur des biens isolés,
mais sur un ensemble cohérent de prestations économiques
(biens, services, financement, maintenance, distribution,
etc.).
- Les
infrastructures du commerce mondial – à savoir essentiellement
les transports et télécommunications – ont, sous l’effet
d’une évolution technologique sans précédent, fait éclater
les frontières nationales. Ce faisant, elles ont ouvert
aux entreprises des marchés aux dimensions parfois mondiales.
Cette expansion des marchés est d’autant plus nécessaire
qu’elle permet aux entreprises de réaliser des volumes de
ventes croissants, indispensables à la rentabilisation de
coûts d’investissements en recherche et technologie toujours
plus importants.
- Les
facteurs de production sont devenus largement mobiles sur
le plan international. Alors qu’auparavant, c’était principalement
le résultat du processus de production – le produit – qui
accédait aux marchés internationaux, ce sont aujourd’hui
les composantes mêmes de la production qui font l’objet
de l’échange. Ainsi, les firmes sont en mesure de choisir
pour chaque étape de la production le lieu d’investissement
qui offre la composition optimale des différents facteurs
nécessaires à leurs activités, ceci dans pratiquement n’importe
quel endroit du monde.
Que
produire et où ?
Dans ces
conditions, il ne s’agit plus, pour les firmes, de choisir
d’exporter ou non bien vers un marché étranger, mais bien
de sélectionner, selon les besoins de la production et du
marché, la localisation des diverses étapes du processus de
production. En fonction des conditions prévalant dans les
différents pays, les firmes choisissent, pour chacune de ces
étapes, le lieu qui rassemble pour leurs besoins l’offre la
plus favorable d’intrants et autres facteurs de production.
L’échanger ne consiste plus dès lors à vendre un produit national
à un acheteur étranger, mais découle d’une manière croissante
des choix de localisation des firmes et s’apparente à un mouvement
transfrontalier de biens, d’une unité de production à l’autre,
et vers le consommateur ou l’investisseur. A cet égard, l’investissement
et l’échange ne s’opposent plus, mais procèdent d’une même
démarche visant à exploiter les avantages comparatifs des
différents lieux de production.
Une
nouvelle division du travail
La Suisse
est concernée de très près par ce phénomène. Elle figure au
8e rang mondial des investisseurs étrangers, avec
près d’un quart de ses avoirs en capitaux à l’étranger. Ses
investissements directs se montent à quelque 110 milliard
de francs et ont crû à une moyenne annuelle d’environ 10%
ces dernières années résultant d’une internationalisation
du processus de production (échanges intra-industriels) a
doublé en trente ans, pour passer à quelque 55% des échanges
de produits industriels. Cette proportion atteint près de
80% pour les produits chimiques et 70% pour les machines.
Enfin, on observe que la part de la valeur ajoutée réalisée
en Suisse dans le secteur des machines a passé de quelque
70% en 1985 à 60% en 1995. Durant la même période, le volume
d’affaires en Suisse du secteur des machines a continué de
croître à un rythme soutenu, alors que le nombre de places
de travail baissait de quelque 21%. Tous ces éléments indiquent
que l’on assiste à un ajustement en profondeur des structures
de production de l’économie suisse aux nouvelles conditions
de l’économie globale. Les entreprises suisses tendent à concentrer
leurs activités en Suisse sur les segments de la production
qui génèrent la plus forte valeur ajoutée, et à faire réaliser
les étapes à moindre coefficient de capital à l’étranger.
Ce faisant, elles emploient en Suisse un personnel moins nombreux
et mieux qualifié. La globalisation des marchés et des modes
de production a donc provoqué une concurrence accrue entre
firmes et pays. La Suisse est étroitement associée à ce phénomène.
Elle se doit, par conséquent, d’œuvrer en faveur d’une pleine
insertion de son économie dans cette division internationale
du travail d’un nouveau type, afin de renforcer s compétitivité
et d’assurer un emploi suffisant dans notre pays. C’est l’enjeu
de notre politique économique extérieure.
Dès lors
que les dimensions des marchés dépassent celles des territoires
nationaux, la concurrence ne s’exerce plus entre « économies
nationales » au sens traditionnel, mais bien plus entre
un nombre croissant de firmes de plus en plus « apatrides »
d’une part, et entre les différents territoires d’investissement
nationaux (« Investitionsstandorte ») d’autre part.
Le succès commercial d’une entreprise suisse ne correspond
plus nécessairement à une plus grande croissance de l’économie
suisse. Dans cette situation, la politique économique extérieure
doit s’articuler autour de deux piliers principaux: l’accès
aux marchés étrangers dans son sens le plus large et la compétitivité
internationale du territoire d’investissement national (« Standortqualität »).
Dans le
contexte d’une économie mondiale en voie de globalisation,
l’accès au marché se révèle d’une importance primordiale,
car seules des frontières ouvertes permettent à l’activité
internationale de se déployer librement. L’ouverture doit
porter non seulement sur les produits (industriels et agricoles),
mais également sur le commerce des services, ainsi que sur
les mouvements de capitaux, de technologie, et de personnel
(qualifié). Il s’agit de viser une situation où l’existence
même de la frontière nationale ne constitue plus en soi un
obstacle à la mobilité des composantes de l’activité économique.
Rendre
la Suisse attrayante
Etant
donné la marge de manœuvre que confère aux entreprises, en
termes de choix de localisation, la mobilité renforcée des
biens et services, mais surtout des facteurs de production,
les pays se trouvent en concurrence directe pour l’obtention
d’investissements privés (donc d’emplois), y compris ceux
de leurs propres entreprises « nationales ». Il
s’agit donc, pour les gouvernements, de veiller à offrir,
dans le cadre de leur « Standortpolitik », un ensemble
de conditions attrayantes – c’est-à-dire au moins aussi favorables
que les conditions offertes par les pays concurrents -, qu’il
s’agisse des infrastructures, de l’environnement réglementaire,
de l’offre de services publics, des conditions de travail,
ou de tout autre critère pertinent pour les décisions d’investissement
des firmes. C’est ce à quoi les autorités fédérales s’efforcent
dans le cadre du programme de revitalisation du Conseil fédéral.
|
Carte d’identité
Smart-Point: la carte d’identité la plus petite du monde,
basée sur un microchip intelligent, est axée de façon
irréversible sur les besoins du client et protégée des
interventions externes par un code offrant 4 milliards
de combinaisons possibles. Développement et vente: Valgay
SA, Genève.
|
 |
Quelles
perspectives pour la Suisse ?
Ceci étant
dit, quelle est concrètement la situation de la Suisse face
à la globalisation et quelles sont les actions qui s’y dessinent ?
–
Sur le plan national
La nécessité
d’assurer des conditions d’investissement, donc un climat
favorable à une activité économique soutenue, a amené le Conseil
fédéral à mettre sur pied le programme de revitalisation de
l’économie suisse. Pour l’heure, cinq lois primordiales ont
vu le jour: la nouvelle loi sur les cartels, la loi sur le
marché intérieur (décloisonnement des marchés du fait des
régimes juridiques divergents), la loi sur les obstacles techniques
au commerce (décloisonnement du marché suisse du point de
vue des spécifications techniques des produits), la loi sur
les hautes écoles spécialisées (promotion de la valeur ajoutée
dans la production, grâce à l’éducation), et enfin l’introduction
de la TVA (système fiscal compétitif).
La deuxième
phase de ce programme est en cours d’élaboration et touche
aux éléments de l’infrastructure (privatisation de Télécom
PTT, NLFA, notamment), aux assurances sociales (assurance
maladie, AVS, APG, deuxième pilier).
–
Sur le plan mondial
Les résultats
des négociations de l’Uruguay Round et la mise en place de
l’OMC représentent sans conteste un pas vers un encadrement
plus favorable aux besoins de l’économie internationale, avec
des éléments tels que la suppression des droits dans des secteurs
de production fortement intégrés au niveau international (initiatives
« zero-for-zero »), l’accord sur les services (GATS),
l’accord sur la propriété intellectuelle (TRIPS) ou l’accord
sur les investissements (TRIMS).
Les futurs
travaux s’orientent sur les points suivants: il convient tout
d’abord – parallèlement à une mise en application pleine et
entière des accords de Marrakech – d’achever les négociations
laissées en suspens à la clôture du Round, notamment dans
le secteur des services (télécommunications de base, transport
maritime, services financiers).
Le système
commercial multilatéral demande ensuite à être complété par
un certain nombre de règles propres à appréhender les nouvelles
dimensions de l’accès au marché. Il s’agit, en l’espèce, d’élargir
le champ d’application des initiatives sectorielles « zero-for-zero »
et de développer à l’échelle mondiale les disciplines nécessaires
dans des domaines tels que les conditions de concurrence –
au sein même des marchés transnationaux -, les conditions
régissant les investissements étrangers, les politiques industrielles,
les technologies environnementales et sociales, etc., dans
la mesure où ces dernières affectent les conditions d’échange
et d’établissement pour les firmes étrangères.
Il convient
en outre d’œuvrer à la réalisation effective des travaux prévus
au sein de l’OCDE, en particulier l’Accord Multilatéral sur
les Investissements. Il s’agit de mettre sur pied un instrument
de protection des investissements qui d’une part établisse
une norme en la matière à un niveau d’ambition élevé, et d’autre
part rassemble en un tout cohérent l’ensemble des accords
et arrangements bilatéraux ou plurilatéraux existants.
Enfin,
face à l’émergence de nouvelles entités économiques régionales,
il importe de définir plus précisément les conditions qui
assurent l’adéquation nécessaire entre les groupements régionaux
toujours plus nombreux et le système multilatéral. Les travaux
y relatifs sont en cours.
La Conférence
ministérielle de l’OMC qui se tiendra à Singapour en décembre
de cette année pourrait permettre de dégager un certain nombre
d’esquisses de solutions à ces problèmes. Il est pourtant
probable qu’il faille attendre la fin de ce siècle pour qu’un
nouveau cycle de négociations multilatérales portant sur ces
questions voie le jour.
–
Sur le plan régional
La dernière
décennie a été marquée par diverses initiatives visant à créer
un cadre spécifique aux échanges au sein même des régions.
L’Union européenne (UE) est, à ce titre, l’acteur le plus
proche de nous. D’autres régions du monde sont également concernées,
avec l’ALENA (Amérique du Nord), le MERCOSUR (Amérique du
Sud), l’ASEAN (Sud-Est asiatique), l’APEC (pays riverains
du Pacifique), mais également la zone méditerranéenne, l’Europe
centrale (CEFTA), et bien d’autres encore.
Plus récemment,
on constate une multipliquation d’initiatives portant sur
des arrangements préférentiels entre les divers groupements
régionaux, en particulier:
- Relations
préférentielles nord-atlantiques: UE-ALENA
- Relations
préférentielles dans l’axe Amérique du Sud-Europe: MERCOSUR-UE
- Relations
préférentielles Europe-Asie: ASEAN-UE
- Relations
préférentielles transpacifiques: ALENA-ASEAN (dans le cadre
de l’APEC)
- Relations
préférentielles trans-américaines: ALENA-Chili (par voie
d’adhésion), ALENA-MERCOSUR (projet de zone de libre-échange
continentale présenté au sommet de Miami des Etats américains)
- Relations
préférentielles Europe-Afrique du Nord (politique méditerranéenne
de l’UE, réalisation du libre-échange entre Etats nord-africains)
Certaines
de ces initiatives sont déjà en voie de réalisation. La tendance
vers l’établissement de pareils liens préférentiels interrégionaux
semble donc se confirmer et la possibilité qu’ils aboutissent
à des accords formels, sous une forme plus ou moins élaborée,
ne doit pas être sous-estimée.
Ces développements
sont en soi positifs, en ce sens qu’ils amènent une plus grande
libéralisation économique d’une part, et qu’ils correspondent
à des besoins réels émanant de la globalisation de l’économie
mondiale d’autre part. En outre, ils représentent un nouveau
potentiel commercial pour l’économie suisse, dans la mesure
où l’intégration régionale stimule l’activité économique au
sein de la zone. Ce faisant, elle crée de nouveaux débouchés,
également pour les pays tiers. Ces effets se trouvent renforcés
du fait que nombre de pays émergents, au développement économique
dynamique, sont parties à ces arrangements régionaux.
Pour ces
raisons, la Suisse se doit de tirer profit de la tendance
nouvelle vers la création de zones d’intégration régionale,
et de régimes préférentiels entre ces différentes zones en
visant l’établissement de relations additionnelles avec ces
zones ou les pays qui se composent.
Une telle
approche s’avère d’autant plus importante que l’émergence
de liens préférentiels entre régions économiquement intégrées
pourrait affecter la position de l’OMC, d’une part, et celle
des pays ne participant à aucun des plus importants groupements
régionaux, d’autre part. Ces nouveaux développements demandent
par conséquent à être appréhendés dans le cadre du système
commercial multilatérale, et individuellement par les pays
« tiers », comme la Suisse. C’est pourquoi la Suisse
envisage à terme de développer en parallèle une réponse multilatérale
à cette question, dans le cadre de son action au sein de l’OMC,
tout en cherchant activement à établir des accords (vraisemblablement
de nature sectorielle-MRAs) avec les régions en formation
afin de sauvegarder ses intérêts immédiats sur ces marchés.
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Microchip
Smart-Point appliqué à un amortisseur d’automobile:
contenant toutes les informations sur l’origine et les
caractéristiques du produit, il constitue un outil efficace
pour détecter les contrefaçons.
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Résoudre
la question européenne
Reste
bien sûr, sur le plan régional, la question européenne. La
Suisse a un besoin vital d’accéder aux marchés européens couvrant
les quatre libertés (circulation des biens, des services,
des capitaux et des personnes) avec son principal partenaire
commercial qu’est l’UE. Egalement sur le plan de l’attractivité
du territoire d’investissement suisse, une participation (sous
une forme ou une autre) au marché intérieur de l’UE représenterait
un atout capital pour l’économie suisse. A mon sens, les effets
négatifs du « non » à l’EEE ont, à ce jour, surtout
porté sur les choix d’investissement des firmes. Or ces choix
sont primordiaux pour le maintien des places de travail dans
notre pays. La conséquent demeurer au centre de nos préoccupations.
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Montage sous
microscope de la plus petite
version d’un microchip Smart Point
(ø 2 mm).
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Ne
pas opposer globalisation et régionalisation
La marche
vers la globalisation, tout comme la tendance à la régionalisation,
va se poursuivre. La multiplication des groupements régionaux
ne doit cependant pas nécessairement déboucher sur une remise
en cause du système commercial multilatéral, si tant est que
ce phénomène est appréhendé de manière correcte dans le cadre
des institutions existantes (institutions de Bretton Woods,
OMC, OCDE). Cela étant, les arrangements régionaux répondent
également à un besoin de mise en place de nouvelles structures
de coopération et de sécurité rendues inéluctables suite à
la disparition dur monde bipolaire et à l’irruption sur la
scène internationale de nouvelles puissances régionales, tant
sur le plan politique et militaire qu’économique. Ces arrangements
génèrent ainsi une dynamique propre qui ne peut pas être ignorée.
Le système multilatéral devra être ajusté à cette nouvelle
donne, mais il ne disparaîtra pas, ni n’arrêtera l’émergence
des régions. C’est pourquoi le phénomène de régionalisation
et l’émergence d’arrangements préférentiels entre les régions
doit être appréhendé tant sur le plan multilatéral qu’en prise
directe avec les partenaires concernés. Dans ce contexte,
la question européenne conserve, pour la Suisse, une importance
cruciale.
Extrait
du ‘bulletin’ du CREDIT SUISSE