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PERSPECTIVES


A la recherche d'un nouveau souffle

« Ne subissons pas l'avenir, faisons-le! »

« A la recherche d’un nouveau souffle » – ce fut le thème général de notre séminaire Perspectives [ ]. Un titre évocateur et de circonstance pour qualifier l’économie suisse en général ou romande en particulier [ ]. Le souffle? C’est symboliquement l’énergie, la force qui anime, inspire, donne de l’impulsion. Le « nouveau souffle », c’est l’espoir retrouvé, c’est le regain de vitalité après une défaillance momentanée. « Le passé me tourmente et je crains l’avenir », dit Chimène dans la fameuse pièce Le Cid de Corneille. A cette citation pessimiste préférons cette phrase de Bernanos: « On ne subit pas l’avenir, on le fait. »

Klaus Jenny
Auteur: Klaus Jenny, membre de la Direction générale du CREDIT SUISSE, Zurich



Préparer l’avenir, l’envisager, l’affronter, c’est en principe la vocation de chacun d’entre nous, simple citoyen, parent ou chef d’entreprise. Posons-nous aujourd’hui toutefois lucidement ces simples questions: sommes-nous vraiment disposés à rechercher ce "nouveau souffle" qui nous manque? Le sommes-nous aujourd’hui? L’avons-nous toujours été?

 Il peut être fort instructif – et amusant parfois – de se donner la peine de jeter un regard curieux sur les réactions de certains de nos illustres ancêtres lorsqu’ils furent eux-mêmes confrontés aux difficultés, aux découvertes, voire aux mutations de leur époque.

« Monsieur le Président,
Le système fluvial de notre pays est menacé par la diffusion d’une nouvelle forme de transport appelée < chemin de fer >. Le gouvernement doit préserver les canaux pour les raisons suivantes:

1. Si les péniches sont supplantées par les < chemins de fer >, il en résultera un chômage sérieux. Commandants de péniches, cuisiniers, pilotes, palefreniers, réparateurs et éclusiers seront privés de moyens d’existence, sans parler de nombreux agriculteurs employés à cultiver du fourrage pour les chevaux.

2. Les constructeurs de péniches en pâtiront et les fabricants de cordes, de fouets et de harnais se retrouveront dans le dénuement.

3. Comme vous le savez, Monsieur le Président, les wagons de < chemins de fer > sont tirés à la vitesse inouïe de 25 km/h

  • par des < machines > qui font peser des dangers sur la vie des passagers; la compression de l’air dans les tunnels sera funeste aux poumons et au cœur des voyageurs
  • par des machines qui passent en rugissant à travers la campagne, mettent le feu aux récoltes, affolent le bétail et effraient femmes et enfants.

 Le Tout-Puissant n’a certainement jamais voulu que les êtres humains voyagent à une vitesse aussi dangereuse. »

Cette lettre a été écrite le 31 janvier 1829 par Martin Van Buren, gouverneur de l’Etat de New-York, futur huitième Président des Etats-Unis (1836 à 1840), et adressée au président de l’époque, Andrew Jackson.

 

Autre exemple éclairant:

« Une révolution radicale semble être sur le point de se produire dans l’éclairage des rues de Paris: la substitution de la lumière électrique à celle du gaz ... Je le regrette. En effet, la lumière électrique a un ton blafard, lunaire, déplaisant et son éclat blesse ou fatigue la vue ... Le système Edison cherche le progrès à rebours du bon sens et je crois qu’à part son inventeur ... il n’aura d’autres adhérents que les oculistes et les opticiens » (un commentaire signé du Baron Haussmann en 1890).

 

Cette autre citation encore:

Un nouveau développement de CSEM: les robots spéciaux de micromontage. Le principe est basé sur l’écoulement d’une goutte d’eau, qui se congèle après avoir touché la minuscule pièce à transporter.

CSEM

« Dangereuse, puante, inconfortable, ridicule, assurément vouée à l’oubli rapide, telle est la voiture automobile qu’en Allemagne Messieurs Benz et Daimler viennent de présenter au Kaiser Guillaume » (Georges Clemenceau, 1882).

... « Il n’y a plus rien à inventer! » déclara en 1865 Charles Duell, directeur démissionnaire du « Bureau américain des Inventions ».

On pourrait multiplier les exemples. Pour nous rassurer, il suffirait de dire: c’est du passé. C’était pourtant « la recherche du nouveau souffle » de l’époque. A moins que ce ne fût, déjà, « A la recherche... du temps perdu »?

 

Le « bon vieux temps »

« C’était le bon vieux temps »... Qui n’a jamais entendu – ou même prononcé – cette affirmation? Qu’est-ce pourtant que ce bon vieux temps: ce qui a été, ce qui est ou simplement ce à quoi nous sommes attachés?

Le futur, est-ce la fin du « bon vieux temps »? L’avenir, est-ce:

- Ce qui nous détache de nos attaches; de nos points de repère; de nos racines?

  •  Ce qui fait peur?
  •  Ce qui nous laisse esseulés, affolés presque, dans un environnement sans cadre?
  •  Ce qui nous déstabilise?
  •  Ce qui nous empêche de retrouver les points fixes auxquels nous sommes ancrés?
  •  Ce qui efface l’étoile du berger à laquelle on cherche tant à se rattacher?

Quand nous pensons le futur, perdons-nous nos repères ou changeons-nous de repères?

Le bon vieux temps de l’époque, tel que nous le voyons aujourd’hui, était pour nos ancêtres leur présent, plein d’incertitudes, pour ne pas dire effrayant. Il fait cependant aujourd’hui notre bien-être.

Notre présent, également composé de points d’interrogation, sera aussi le bon vieux temps de nos descendants. Notre recherche d’un nouveau souffle ou notre recherche du passé, ce sera leur histoire.

N’oublions jamais que des réflexions critiques et prospectives de certains prophètes d’autrefois – même renommés – nous font aujourd’hui sourire. Leurs prévisions pessimistes, les catastrophes imminentes qu’ils prévoyaient nous semblent aujourd’hui être l’expression d‘ « esprits obtus », « conservateurs », d’ « idées archaïques ». Le mot « progrès » était alors – déjà! – synonyme de « Satan ».

Nos enfants ne se priveront pas de juger nos réflexions, comme nous jugeons celles de nos grands-parents. Que penseront-ils de ces affirmations?

« Il est évident que l’homme, dans un avenir plus ou moins proche, aura le pouvoir de modifier son patrimoine génétique. L’apréhension que suscite cette échéance ne semble guère justifiée » (Daniel Cohen, généticien, fondateur du programme scientifique de recherches « Généthon », 1993).

« La démocratie ne survivra pas à la fabrication universelle d’humains étiquetés. ... Chacun parqué dans sa niche médicale! Un homme, une niche... et les chiens seront bien gardés! » (Jacques Testart, biogénéticien, 1994).

« Le bricolage génétique des fruits et légumes permettra de rendre d’immenses services comme de faire reculer la faim et la maladie » (Thierry Gaudin, polytechnicien, expert international en matière de prospective, 1990).

Voilà résumée en quelques lignes notre vision actuelle de l’avenir en matière de génétique par exemple. Un de nos axes de recherche d’un nouveau souffle!

 

Sommes-nous au tournant de l’humanité?

Dans quelques années, ces découvertes, ces mutations, ces inventions, ces perspectives n’apparaîtront que comme le développement d’une évolution normale et en aucun cas révolutionnaire.

Notre soi-disant « nouveau souffle » d’aujourd’hui sera l’ordinaire de demain. Ne nous surestimons donc pas. Nous ne sommes ni au tournant de l’humanité, ni le tournant de l’humanité. Chaque génération croit qu’elle vit le moment crucial du développement ou de l’achèvement de ce monde. Or, « chaque époque est forcément l’antiquité d’une autre époque », nous rétorque Wolinski.

 

Notre génération est-elle éclairée?

« Je crois qu’il y a un marché mondial pour cinq ordinateurs... peut-être » (Thomas Watson, président de IBM, 1943).

 « Les Personal Computers, les PC, ne sont qu’un effet de mode. Ils n’ont aucun futur » (Ken Olsen, fondateur et ex-président de Digital Equipment, 1978).

« Français, partez en vacances tranquilles, la fin de l’année verra la fin de la crise » (Valéry Giscard d’Estaing, président de la République Française, juillet 1979).

« La soumission à l’autorité ne concerne plus que les moutons », ai-je lu dans le livre « 2100 ou le récit du prochain siècle ».

A toutes ces citations remarquables, j’ajouterai cette réflexion personnelle:« Un beau jour, nous redeviendrons tous des moutons. L’absence d’autorité, l’absence de points de repère autoritaires, ce vide référentiel ne fera-t-il pas resurgir le besoin d’étoiles fixes, de points d’ancrage? »

 

Subissons-nous l’avenir ou le faisons-nous?

  • De 1900 à nos jours, la population a passé de la colonisation du monde par l’Europe au choix génétique de la reproduction. En un siècle, les progrès de la médecine ont augmenté l’espérance de vie, développé les techniques de transplantation d’organes bio-compatibles, puis les organes de remplacement.
  • L’agriculture, caractérisée par ses marchés locaux au début du siècle, devient l’art des jardins, au niveau planétaire, océans compris.
  • En 1929, l’effondrement boursier du fameux « jeudi noir » a mis plusieurs jours à se propager de Wall Street à travers le monde. En septembre 1987, le krach a affecté l’ensemble des places boursières de la planète en quelques secondes.
  • La révolution russe de 1917 s’est déroulée en plusieurs semaines sans que le monde en prenne vraiment conscience. La révolution roumaine de 1989 s’est jouée en direct, à la télévision.

 

Tout change; tout changera-t-il encore?

Nouvelles pompes de précision très économiques pour l’injection de produits de contraste, mises au point par Debiotech SA, à Lausanne.

Nouvelles pompes de précision

« Il n’existe rien de constant si ce n’est le changement » (Bouddha). C’est une vérité absolue. Ne pas l’accepter revient à se mettre hors jeu. Nous sommes soumis à ces changements, qu’on le veuille ou non. Et nous vivons ces changements, qu’on le veuille ou non. Nous pouvons lutter contre les changements, nous ne pouvons cependant les arrêter. Tourner le dos au passé, ne pas partir à « la recherche du temps perdu », c’est vouloir partir à la recherche d‘un nouveau souffle, en délaissant nos habitudes, ces « acquis » qui nous sont chers. En Suisse, 850 musées se penchent sur notre passé. Parmi ceux-ci, 400 ont été créés ces vingt dernières années, mais seuls quatre sont axés sur l’avenir. En étant confortablement installés dans le fauteuil du présent, il nous est parfois difficile de concevoir l’avenir, de quitter ces 850 témoins rassurants du passé, sans disposer par avance de points fixes auxquels nous raccrocher.

 

Spectateur ou acteur du changement?

Production de diamants synthétiques au CSEM: un diamant monocristallin en phase de formation.

Production de diamants synthétiques

Puisque nous ne pouvons pas arrêter le changement, participons-y! « En voulant, on se trompe souvent. Mais en ne voulant pas, on se trompe toujours » (Romain Rolland). Le poète hindou Tagore (prix Nobel en 1913) aurait ajouté: « Si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera toujours dehors. » Si nous voulons retrouver un nouveau souffle, un regain d’énergie et de vitalité, il nous faut aujourd’hui oser. Oser rompre les amarres avec le passé, oser regarder l’avenir avec espoir, vouloir oser. Soyons acteurs du changement. S’il est peut-être vrai que les « traditionalistes sont pessimistes pour l’avenir et optimistes pour le passé », il convient de méditer ce proverbe arabe: « Pour chaque regard que nous jetons en arrière, il nous faut regarder deux fois vers l’avenir. »

Extrait du ‘bulletin’ du Crédit Suisse


Globalisation de l'économie

Saisissons notre chance!

Franz Blankart
Auteur: Franz Blankart, secrétaire d'Etat, directeur de l'Office fédéral des Affaires économiques extérieures (OFAEE), Berne

Depuis plusieurs annnées, un vent nouveau souffle sur l'économie mondiale. La globalisation des marchés redistribue aujourd'hui les cartes de cette économie, mais offre parallèlement des perspectives très intéressantes aux entrepreneurs suisses.

Au cours des années 1980-1990, deux phénomènes ont pris une ampleur croissante sur le plan de l’économie mondiale: les investissements directs ont presque quadruplé durant cette période pour atteindre quelque 2000 milliards de dollards, soit l’équivalent de dix fois le PIB de la Suisse, et les transferts de technologie qui en découlent se sont accélérés en parallèle. Ces deux phénomènes montrent qu’une refonte radicale de la division internationale du travail est en cours. Cette évolution, connue sous le nom de globalisation de l’économie mondiale, s’est traduite par une modification profonde du comportement des firmes et des paramètres de conduite de leurs activités internationales.

 

Ce qui a changé depuis la guerre

L’économie mondiale globalisée d’aujourd’hui présente des différences sensibles en comparaison avec l’économie internationale de l’après-guerre. Ainsi :

  • Les échanges internationaux consistaient, jusqu’au milieu des années 80, essentiellement dans la vente à l’étranger de biens produits à l’intérieur des frontières nationales. Aujourd’hui, ces échanges s’apparentent de plus en plus à des mouvements transfrontaliers de biens, souvent semi-finis, entre unités de production hautement spécialisées et liées entre elles par quelque accord inter-firmes, participation au capital ou toute autre sorte d’alliance stratégique, de type fusion, acquisition, « joint venture », accord de sous-traitance, etc. (échanges intra-firmes et intra-sectoriels).
  • La part des services – banques, assurances, ingénierie-conseil, télécommunications, maintenance, marketing, etc. – dans les échanges internationaux a considérablement augmenté; elle représente environ un quart du commerce mondial (30% des exportations de biens pour la Suisse), et sa proportion augmente constamment. Cette expansion est le fruit non seulement de la commercialisation grandissante des services en soi, mais également de la multiplication des services dérivés de cette vente: services d’installation, de fonctionnement, de maintenance, de marketing, etc. Dans la relation firme-client, les transactions ne portent donc plus sur des biens isolés, mais sur un ensemble cohérent de prestations économiques (biens, services, financement, maintenance, distribution, etc.).
  • Les infrastructures du commerce mondial – à savoir essentiellement les transports et télécommunications – ont, sous l’effet d’une évolution technologique sans précédent, fait éclater les frontières nationales. Ce faisant, elles ont ouvert aux entreprises des marchés aux dimensions parfois mondiales. Cette expansion des marchés est d’autant plus nécessaire qu’elle permet aux entreprises de réaliser des volumes de ventes croissants, indispensables à la rentabilisation de coûts d’investissements en recherche et technologie toujours plus importants.
  • Les facteurs de production sont devenus largement mobiles sur le plan international. Alors qu’auparavant, c’était principalement le résultat du processus de production – le produit – qui accédait aux marchés internationaux, ce sont aujourd’hui les composantes mêmes de la production qui font l’objet de l’échange. Ainsi, les firmes sont en mesure de choisir pour chaque étape de la production le lieu d’investissement qui offre la composition optimale des différents facteurs nécessaires à leurs activités, ceci dans pratiquement n’importe quel endroit du monde.

 

Que produire et où ?

Dans ces conditions, il ne s’agit plus, pour les firmes, de choisir d’exporter ou non bien vers un marché étranger, mais bien de sélectionner, selon les besoins de la production et du marché, la localisation des diverses étapes du processus de production. En fonction des conditions prévalant dans les différents pays, les firmes choisissent, pour chacune de ces étapes, le lieu qui rassemble pour leurs besoins l’offre la plus favorable d’intrants et autres facteurs de production. L’échanger ne consiste plus dès lors à vendre un produit national à un acheteur étranger, mais découle d’une manière croissante des choix de localisation des firmes et s’apparente à un mouvement transfrontalier de biens, d’une unité de production à l’autre, et vers le consommateur ou l’investisseur. A cet égard, l’investissement et l’échange ne s’opposent plus, mais procèdent d’une même démarche visant à exploiter les avantages comparatifs des différents lieux de production.

 

Une nouvelle division du travail

La Suisse est concernée de très près par ce phénomène. Elle figure au 8e rang mondial des investisseurs étrangers, avec près d’un quart de ses avoirs en capitaux à l’étranger. Ses investissements directs se montent à quelque 110 milliard de francs et ont crû à une moyenne annuelle d’environ 10% ces dernières années résultant d’une internationalisation du processus de production (échanges intra-industriels) a doublé en trente ans, pour passer à quelque 55% des échanges de produits industriels. Cette proportion atteint près de 80% pour les produits chimiques et 70% pour les machines. Enfin, on observe que la part de la valeur ajoutée réalisée en Suisse dans le secteur des machines a passé de quelque 70% en 1985 à 60% en 1995. Durant la même période, le volume d’affaires en Suisse du secteur des machines a continué de croître à un rythme soutenu, alors que le nombre de places de travail baissait de quelque 21%. Tous ces éléments indiquent que l’on assiste à un ajustement en profondeur des structures de production de l’économie suisse aux nouvelles conditions de l’économie globale. Les entreprises suisses tendent à concentrer leurs activités en Suisse sur les segments de la production qui génèrent la plus forte valeur ajoutée, et à faire réaliser les étapes à moindre coefficient de capital à l’étranger. Ce faisant, elles emploient en Suisse un personnel moins nombreux et mieux qualifié. La globalisation des marchés et des modes de production a donc provoqué une concurrence accrue entre firmes et pays. La Suisse est étroitement associée à ce phénomène. Elle se doit, par conséquent, d’œuvrer en faveur d’une pleine insertion de son économie dans cette division internationale du travail d’un nouveau type, afin de renforcer s compétitivité et d’assurer un emploi suffisant dans notre pays. C’est l’enjeu de notre politique économique extérieure.

Dès lors que les dimensions des marchés dépassent celles des territoires nationaux, la concurrence ne s’exerce plus entre « économies nationales » au sens traditionnel, mais bien plus entre un nombre croissant de firmes de plus en plus « apatrides » d’une part, et entre les différents territoires d’investissement nationaux (« Investitionsstandorte ») d’autre part. Le succès commercial d’une entreprise suisse ne correspond plus nécessairement à une plus grande croissance de l’économie suisse. Dans cette situation, la politique économique extérieure doit s’articuler autour de deux piliers principaux: l’accès aux marchés étrangers dans son sens le plus large et la compétitivité internationale du territoire d’investissement national (« Standortqualität »).

Dans le contexte d’une économie mondiale en voie de globalisation, l’accès au marché se révèle d’une importance primordiale, car seules des frontières ouvertes permettent à l’activité internationale de se déployer librement. L’ouverture doit porter non seulement sur les produits (industriels et agricoles), mais également sur le commerce des services, ainsi que sur les mouvements de capitaux, de technologie, et de personnel (qualifié). Il s’agit de viser une situation où l’existence même de la frontière nationale ne constitue plus en soi un obstacle à la mobilité des composantes de l’activité économique.

 

Rendre la Suisse attrayante

Etant donné la marge de manœuvre que confère aux entreprises, en termes de choix de localisation, la mobilité renforcée des biens et services, mais surtout des facteurs de production, les pays se trouvent en concurrence directe pour l’obtention d’investissements privés (donc d’emplois), y compris ceux de leurs propres entreprises « nationales ». Il s’agit donc, pour les gouvernements, de veiller à offrir, dans le cadre de leur « Standortpolitik », un ensemble de conditions attrayantes – c’est-à-dire au moins aussi favorables que les conditions offertes par les pays concurrents -, qu’il s’agisse des infrastructures, de l’environnement réglementaire, de l’offre de services publics, des conditions de travail, ou de tout autre critère pertinent pour les décisions d’investissement des firmes. C’est ce à quoi les autorités fédérales s’efforcent dans le cadre du programme de revitalisation du Conseil fédéral.

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Quelles perspectives pour la Suisse ?

Ceci étant dit, quelle est concrètement la situation de la Suisse face à la globalisation et quelles sont les actions qui s’y dessinent ?

– Sur le plan national

La nécessité d’assurer des conditions d’investissement, donc un climat favorable à une activité économique soutenue, a amené le Conseil fédéral à mettre sur pied le programme de revitalisation de l’économie suisse. Pour l’heure, cinq lois primordiales ont vu le jour: la nouvelle loi sur les cartels, la loi sur le marché intérieur (décloisonnement des marchés du fait des régimes juridiques divergents), la loi sur les obstacles techniques au commerce (décloisonnement du marché suisse du point de vue des spécifications techniques des produits), la loi sur les hautes écoles spécialisées (promotion de la valeur ajoutée dans la production, grâce à l’éducation), et enfin l’introduction de la TVA (système fiscal compétitif).

La deuxième phase de ce programme est en cours d’élaboration et touche aux éléments de l’infrastructure (privatisation de Télécom PTT, NLFA, notamment), aux assurances sociales (assurance maladie, AVS, APG, deuxième pilier).

– Sur le plan mondial

Les résultats des négociations de l’Uruguay Round et la mise en place de l’OMC représentent sans conteste un pas vers un encadrement plus favorable aux besoins de l’économie internationale, avec des éléments tels que la suppression des droits dans des secteurs de production fortement intégrés au niveau international (initiatives « zero-for-zero »), l’accord sur les services (GATS), l’accord sur la propriété intellectuelle (TRIPS) ou l’accord sur les investissements (TRIMS).

Les futurs travaux s’orientent sur les points suivants: il convient tout d’abord – parallèlement à une mise en application pleine et entière des accords de Marrakech – d’achever les négociations laissées en suspens à la clôture du Round, notamment dans le secteur des services (télécommunications de base, transport maritime, services financiers).

Le système commercial multilatéral demande ensuite à être complété par un certain nombre de règles propres à appréhender les nouvelles dimensions de l’accès au marché. Il s’agit, en l’espèce, d’élargir le champ d’application des initiatives sectorielles « zero-for-zero » et de développer à l’échelle mondiale les disciplines nécessaires dans des domaines tels que les conditions de concurrence – au sein même des marchés transnationaux -, les conditions régissant les investissements étrangers, les politiques industrielles, les technologies environnementales et sociales, etc., dans la mesure où ces dernières affectent les conditions d’échange et d’établissement pour les firmes étrangères.

Il convient en outre d’œuvrer à la réalisation effective des travaux prévus au sein de l’OCDE, en particulier l’Accord Multilatéral sur les Investissements. Il s’agit de mettre sur pied un instrument de protection des investissements qui d’une part établisse une norme en la matière à un niveau d’ambition élevé, et d’autre part rassemble en un tout cohérent l’ensemble des accords et arrangements bilatéraux ou plurilatéraux existants.

Enfin, face à l’émergence de nouvelles entités économiques régionales, il importe de définir plus précisément les conditions qui assurent l’adéquation nécessaire entre les groupements régionaux toujours plus nombreux et le système multilatéral. Les travaux y relatifs sont en cours.

La Conférence ministérielle de l’OMC qui se tiendra à Singapour en décembre de cette année pourrait permettre de dégager un certain nombre d’esquisses de solutions à ces problèmes. Il est pourtant probable qu’il faille attendre la fin de ce siècle pour qu’un nouveau cycle de négociations multilatérales portant sur ces questions voie le jour.

– Sur le plan régional

La dernière décennie a été marquée par diverses initiatives visant à créer un cadre spécifique aux échanges au sein même des régions. L’Union européenne (UE) est, à ce titre, l’acteur le plus proche de nous. D’autres régions du monde sont également concernées, avec l’ALENA (Amérique du Nord), le MERCOSUR (Amérique du Sud), l’ASEAN (Sud-Est asiatique), l’APEC (pays riverains du Pacifique), mais également la zone méditerranéenne, l’Europe centrale (CEFTA), et bien d’autres encore.

Plus récemment, on constate une multipliquation d’initiatives portant sur des arrangements préférentiels entre les divers groupements régionaux, en particulier:

  • Relations préférentielles nord-atlantiques: UE-ALENA
  • Relations préférentielles dans l’axe Amérique du Sud-Europe: MERCOSUR-UE
  • Relations préférentielles Europe-Asie: ASEAN-UE
  • Relations préférentielles transpacifiques: ALENA-ASEAN (dans le cadre de l’APEC)
  • Relations préférentielles trans-américaines: ALENA-Chili (par voie d’adhésion), ALENA-MERCOSUR (projet de zone de libre-échange continentale présenté au sommet de Miami des Etats américains)
  • Relations préférentielles Europe-Afrique du Nord (politique méditerranéenne de l’UE, réalisation du libre-échange entre Etats nord-africains)

Certaines de ces initiatives sont déjà en voie de réalisation. La tendance vers l’établissement de pareils liens préférentiels interrégionaux semble donc se confirmer et la possibilité qu’ils aboutissent à des accords formels, sous une forme plus ou moins élaborée, ne doit pas être sous-estimée.

Ces développements sont en soi positifs, en ce sens qu’ils amènent une plus grande libéralisation économique d’une part, et qu’ils correspondent à des besoins réels émanant de la globalisation de l’économie mondiale d’autre part. En outre, ils représentent un nouveau potentiel commercial pour l’économie suisse, dans la mesure où l’intégration régionale stimule l’activité économique au sein de la zone. Ce faisant, elle crée de nouveaux débouchés, également pour les pays tiers. Ces effets se trouvent renforcés du fait que nombre de pays émergents, au développement économique dynamique, sont parties à ces arrangements régionaux.

Pour ces raisons, la Suisse se doit de tirer profit de la tendance nouvelle vers la création de zones d’intégration régionale, et de régimes préférentiels entre ces différentes zones en visant l’établissement de relations additionnelles avec ces zones ou les pays qui se composent.

Une telle approche s’avère d’autant plus importante que l’émergence de liens préférentiels entre régions économiquement intégrées pourrait affecter la position de l’OMC, d’une part, et celle des pays ne participant à aucun des plus importants groupements régionaux, d’autre part. Ces nouveaux développements demandent par conséquent à être appréhendés dans le cadre du système commercial multilatérale, et individuellement par les pays « tiers », comme la Suisse. C’est pourquoi la Suisse envisage à terme de développer en parallèle une réponse multilatérale à cette question, dans le cadre de son action au sein de l’OMC, tout en cherchant activement à établir des accords (vraisemblablement de nature sectorielle-MRAs) avec les régions en formation afin de sauvegarder ses intérêts immédiats sur ces marchés.

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Microchip Smart-Point

 

Résoudre la question européenne

Reste bien sûr, sur le plan régional, la question européenne. La Suisse a un besoin vital d’accéder aux marchés européens couvrant les quatre libertés (circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes) avec son principal partenaire commercial qu’est l’UE. Egalement sur le plan de l’attractivité du territoire d’investissement suisse, une participation (sous une forme ou une autre) au marché intérieur de l’UE représenterait un atout capital pour l’économie suisse. A mon sens, les effets négatifs du « non » à l’EEE ont, à ce jour, surtout porté sur les choix d’investissement des firmes. Or ces choix sont primordiaux pour le maintien des places de travail dans notre pays. La conséquent demeurer au centre de nos préoccupations.

Montage sous microscope de la plus petite
version d’un microchip Smart Point
(ø 2 mm).

Montage sous microscope

 

Ne pas opposer globalisation et régionalisation

La marche vers la globalisation, tout comme la tendance à la régionalisation, va se poursuivre. La multiplication des groupements régionaux ne doit cependant pas nécessairement déboucher sur une remise en cause du système commercial multilatéral, si tant est que ce phénomène est appréhendé de manière correcte dans le cadre des institutions existantes (institutions de Bretton Woods, OMC, OCDE). Cela étant, les arrangements régionaux répondent également à un besoin de mise en place de nouvelles structures de coopération et de sécurité rendues inéluctables suite à la disparition dur monde bipolaire et à l’irruption sur la scène internationale de nouvelles puissances régionales, tant sur le plan politique et militaire qu’économique. Ces arrangements génèrent ainsi une dynamique propre qui ne peut pas être ignorée. Le système multilatéral devra être ajusté à cette nouvelle donne, mais il ne disparaîtra pas, ni n’arrêtera l’émergence des régions. C’est pourquoi le phénomène de régionalisation et l’émergence d’arrangements préférentiels entre les régions doit être appréhendé tant sur le plan multilatéral qu’en prise directe avec les partenaires concernés. Dans ce contexte, la question européenne conserve, pour la Suisse, une importance cruciale.

Extrait du ‘bulletin’ du CREDIT SUISSE

 

 

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